Le troisième matin, la pluie battante n’avait pas cessé depuis plus de 36 heures quand j’ai mis le pied sur le sentier forestier de Vézelay. Mes chaussures, alourdies par la boue glissante, collaient au sol argileux avec une résistance inattendue. J’ai voulu vérifier si les marques rouges et blanches du balisage tiendraient le coup, et surtout si je pouvais avancer sans risquer une chute. Ces trois jours ont été une succession d’épreuves sous un ciel gris constant, avec des itinéraires variés entre forêt, vignobles et grottes. Chaque parcours m’a confrontée à des conditions humides qui ont mis à l’épreuve mon équipement, mon orientation et surtout ma patience. Je n’avais jamais vu la forêt de Fontenay aussi impraticable, et le contraste entre les découvertes géologiques et les difficultés du terrain a rendu l’expérience aussi frustrante qu’enrichissante.
Comment j’ai organisé ces trois jours sous la pluie et ce que je voulais mesurer
Pour ces trois journées, j’ai sélectionné trois itinéraires précis autour de Vézelay, avec l’idée de varier les distances et les profils afin de voir comment chaque parcours réagirait à la pluie. Le premier jour, j’ai opté pour le GR13, un circuit de 18 km avec un dénivelé cumulé d’environ 450 mètres. Ce choix venait du fait que ce sentier est souvent vanté pour son balisage clair et ses paysages diversifiés. Le deuxième jour, je me suis concentrée sur la boucle de la grotte d’Arcy-sur-Cure, un parcours plus court de 6 km, idéal pour une demi-journée. Enfin, le troisième jour, j’ai pris la direction du Montillot, avec ses 12 km et 300 mètres de dénivelé, pour tester un itinéraire modéré mais exigeant en conditions humides. L’idée était de confronter ces parcours à une pluie continue qui avait saturé les sols depuis plus de deux jours.
J’ai équipé mon sac avec mes chaussures à semelles Vibram, choisies pour leur bonne accroche sur terrain mouillé, ainsi que mes bâtons de marche télescopiques. Je me suis aussi munie d’une carte papier détaillée, en plus d’une application GPS hors ligne sur mon téléphone. Ce double système d’orientation était indispensable, car je voulais vérifier la lisibilité réelle du balisage après la pluie et voir si la technologie pouvait compenser un balisage défaillant. Le choix des bâtons s’est imposé, surtout pour les parties argileuses où je prévoyais de perdre en stabilité. J’avais aussi prévu des chaussettes de rechange, anticipant l’humidité qui allait s’infiltrer rapidement dans mes chaussures.
Mes objectifs étaient donc très concrets : mesurer la lisibilité des marques rouges et blanches du balisage sous la pluie, noter la fréquence et la gravité des glissades sur sols mouillés, et surtout évaluer la sécurité globale de chacun des itinéraires. Je voulais savoir si, malgré la météo, je pouvais avancer sans devoir rebrousser chemin ou risquer une chute sérieuse. Évaluer la tenue des sentiers dans ces conditions offrait aussi un aperçu de la préparation nécessaire pour tout randonneur voulant s’aventurer dans cette région par temps humide. Je savais que le sol argileux pouvait poser problème, mais je n’avais pas imaginé à quel point la boue saturée allait modifier ma marche.
Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas sur le sentier forestier
Dès les premiers pas sur le sentier forestier de Fontenay, j’ai senti que quelque chose clochait. Le balisage rouge et blanc, habituellement facile à suivre, montrait des signes évidents de délaminage. La peinture s’était littéralement décollée par plaques, rendant certains embranchements presque invisibles. Après avoir hésité à plusieurs reprises, j’ai dû sortir la carte papier pour recalculer mon itinéraire. Cette désorientation m’a fait perdre une bonne trentaine de minutes et m’a poussée à marcher plus lentement, le temps de retrouver mon chemin. Ce détour d’environ un kilomètre n’était pas prévu, et j’ai senti la tension monter chaque fois que je devais choisir un embranchement sans repère clair.
Le sol argileux, saturé d’eau, s’était transformé en une couche glissante et collante. Des plaques lisses se formaient sous mes pieds, et j’ai senti un glissement brutal quand mon pied a accroché une racine mouillée. Cette chute légère m’a secouée parce que j’ai perçu sous la semelle ce contact tactile déstabilisant, un mélange de glissance et d’instabilité qui m’a obligée à ralentir aussitôt. J’ai dû redoubler de vigilance sur chaque appui, surtout en descendant, où les racines et feuilles mortes humides formaient un piège sournois. La sensation d’instabilité, mêlée à la peur de la chute, a transformé cette promenade en une épreuve de concentration constante.
Un autre détail a marqué cette journée : l’odeur puissante de résine qui flottait dans l’air, conséquence visible d’une récente tempête ayant cassé plusieurs pins dans la forêt. Cette forte odeur de résine contrastait avec l’atmosphère habituellement terreuse et humide, changeant complètement la perception du lieu. Ce parfum m’a accompagnée pendant des kilomètres, rendant l’ambiance presque étrangère, comme si la forêt avait été réveillée par un événement récent. Ce détail sensoriel a ajouté une couche d’intensité à cette journée déjà chargée en sensations.
Au fil de la progression, j’ai senti la fatigue s’installer plus vite que prévu. Le retard accumulé de 30 minutes pesait sur mon moral, surtout que chaque pas demandait plus d’effort pour garder l’équilibre. La prudence imposée par le délaminage du balisage et la glissance du terrain m’a poussée à faire plus de pauses pour vérifier ma position. J’ai commencé à me demander si, en solo, cette randonnée restait sécuritaire. La combinaison du balisage défaillant, du sol impraticable et de la fatigue montante a rendu cette journée éprouvante, me faisant douter de la faisabilité d’une sortie sans assistance dans ces conditions.
Ce que j’ai découvert en suivant la boucle du GR13 et le sentier vers Arcy-Sur-Cure
Le lendemain, j’ai attaqué la boucle du GR13, un parcours de 18 km avec un dénivelé cumulé d’environ 450 mètres. Le balisage y était globalement lisible, même si j’ai remarqué quelques décolorations dues à l’exposition UV sur certaines marques rouges et blanches. Ce premier contact avec le balisage clair du GR13 autour de Vézelay m’a rassurée après l’épisode forestier. La diversité des paysages alternait entre sous-bois humides, zones glissantes et points de vue dégagés sur la vallée de la Cure. J’ai mesuré mon temps à 5 heures 45 minutes, un peu plus lent que ma moyenne habituelle, ce qui était logique compte tenu des conditions.
Dans les montées vers les vignobles, le sol argileux a révélé un phénomène inattendu : la cavitation sous la semelle de mes chaussures. À chaque pas, la boue humide se creusait et formait des plaques glissantes, avec une perte d’adhérence notable. Cette sensation de glissement répété m’a forcée à ralentir et à appuyer davantage sur mes bâtons pour garder l’équilibre. La cavitation du sol argileux a obligé mes jambes à fournir un effort supplémentaire, et j’ai senti la fatigue s’accumuler plus rapidement qu’à l’accoutumée. Sans mes bâtons, je serais probablement tombée à plusieurs reprises, tant leur rôle a été central pour compenser la perte de stabilité.
L’après-midi, j’ai consacré une demi-journée au sentier menant à la grotte d’Arcy-sur-Cure, un parcours plus court de 6 km bien aménagé. Là, la marche s’est faite plus facile, même si mes chaussures saturées d’eau m’ont rappelé la difficulté à garder les pieds au sec. Cette immersion dans les concrétions calcaires a offert un contraste apaisant après les efforts de la matinée. La cristallisation blanche légèrement brillante sur les roches calcaires attirait le regard, et l’aspect géologique a ajouté une touche de découverte inattendue. À la fin de la journée, j’ai pris le temps de changer mes chaussettes, car l’humidité accumulée avait transformé mes pieds en un terrain glissant à l’intérieur même de mes chaussures.
Mon verdict après ces trois jours : ce qui tient la route et ce qui ne passe pas
Au terme de ces trois journées, j’ai pu constater que le balisage du GR13 reste le plus robuste, malgré quelques décolorations et un entretien perfectible dans les zones exposées. Le parcours de 18 km avec 450 mètres de dénivelé a été réalisable en 5h30 à 6h, ce qui correspond à mon rythme ralenti par la pluie et la boue. L’usage des bâtons et des chaussures à semelles Vibram s’est révélé indispensable pour conserver une bonne adhérence, notamment sur les sols argileux où la gélification crée une texture collante qui colle aux semelles et alourdit chaque pas. Les pauses ont été plus fréquentes, mais l’équipement a clairement limité les risques de chute.
Les limites majeures se sont surtout manifestées sur le sentier forestier, où le délaminage du balisage après plusieurs jours de pluie a compliqué la lecture des marques rouges et blanches. Ce phénomène a entraîné des hésitations et un détour et puis d’un kilomètre, rallongeant la randonnée d’environ 30 minutes. Le glaçage matinal des parties ombragées près des falaises a créé des plaques glissantes difficiles à anticiper, provoquant plusieurs glissades et une chute légère sur une racine mouillée. J’ai aussi noté que l’humidité sur les feuilles mortes et racines demandait une prudence accrue, car ignorer ces signaux a conduit à des entorses légères. Ces risques rendent ces itinéraires peu adaptés à une randonnée en solo sans équipement adapté.
avec le recul, ces parcours conviennent à des randonneurs bien équipés et expérimentés, capables de gérer l’orientation avec des outils alternatifs comme des applications GPS hors ligne, surtout après avoir constaté les défaillances du balisage en forêt. Le sentier vers Montillot reste accessible avec un dénivelé modéré, mais nécessite bâtons et chaussures adaptées pour éviter la fatigue prématurée. En revanche, je ne m’aventurerais plus seule sur le sentier forestier sans confirmation de l’état du balisage. Une alternative serait d’intégrer des crampons légers pour les zones glissantes, ou de privilégier les parcours plus aménagés comme celui vers la grotte d’Arcy-sur-Cure, qui reste une valeur sûre même sous la pluie.



