Ce que j’ai vraiment vécu en pleine saison à chablis et à auxerre, et pourquoi c’est pas pareil pour tout le monde

mai 23, 2026

Les mains collées au jus, j’ai senti l’odeur froide du pressoir dans la cour de Chablis, un mardi de septembre, juste avant 7 heures. Les bottes glissaient sur le gravier humide, et le premier tracteur a toussé derrière moi. À ce moment-là, j’ai compris que la saison allait avaler mes journées.

À quelques rues, l’affiche de l’Office de Tourisme de Chablis annonçait déjà les visites du jour, et mon téléphone vibrait pour Auxerre en même temps. J’ai vite vu que la même semaine ne pesait pas pareil dans les deux villes, surtout quand je devais gérer les équipes, les caisses et les enfants. J’en ai tiré un constat simple : Chablis n’offre pas le même rythme qu’Auxerre, ni les mêmes contraintes.

Le jour où j’ai senti que la pleine saison, c’était un vrai casse-tête à Chablis

À la première matinée de vendanges, les sécateurs claquaient encore quand les premiers visiteurs sont arrivés, chaussures propres et téléphone levé. J’avais les bottes déjà trempées, les épaules raides, et cette drôle de sensation de devoir sourire alors que je pensais déjà au tri. À 8h15, je courais entre la rangée et la cour, avec la presse qui attendait et un panier plein de grappes trop mûres. Le bruit, l’odeur de raisin écrasé et les questions sur le millésime se mélangeaient sans me laisser respirer.

Ce qui m’a frappée à Chablis, c’est la densité des gens. Trois cars, deux groupes à pied et des couples perdus cherchaient un stationnement en 12 minutes, alors qu’à Auxerre je voyais surtout des flux plus étirés. Ici, chaque dégustation ralentissait le reste, et le moindre retard bloquait le parking, la porte de cave et la file au comptoir. J’ai fini par garder une bouteille d’eau dans la poche, parce que je n’avais même plus le temps de m’asseoir.

Avec mes 2 enfants à charge, je ne pouvais pas rallonger chaque journée sans compter. Un repas pris dehors à 47 euros me grignotait le budget du soir, et j’ai vite arrêté les trajets inutiles. À ce rythme, j’ai commencé à choisir entre un plein de gasoil et une visite .

Le détail qui m’a forcée à revoir mon calendrier, c’est la parcelle des Vaux. J’avais une visite guidée de 18 personnes à 14h30, alors j’ai décalé la récolte de 24 heures pour ne pas laisser les visiteurs traverser le rang. Ce simple report a bousculé la suite, parce que la cuve prévue pour ce lot n’attendait pas.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas à Auxerre comme à Chablis

À Auxerre, j’ai senti un autre tempo dès les premières semaines. Le tourisme y était plus urbain, avec des gens qui marchaient entre les quais, la vieille ville et la cathédrale, sans s’accrocher à la vigne comme à Chablis. Je respirais mieux, mais je perdais aussi ce coup de projecteur permanent sur le domaine. Les journées avaient moins de coupes franches, et j’avais moins cette pression de voir la porte rester ouverte coûte que coûte.

J’ai pourtant tenté une animation oenotouristique pendant les vendanges, un samedi à 11h. J’avais préparé 18 places, et 5 seulement étaient prises quand la porte a ouvert. Les gens venaient pour flâner, pas pour écouter un planning de maturité, et je me suis retrouvée avec des verres servis trop vite et une salle qui sonnait creux. J’ai compris, un peu tard, que la fenêtre choisie écrasait le reste.

À Auxerre, la production locale moins tournée vers le vin me laissait séparer les temps forts. J’avais moins de coupes à faire dans la journée, et mes équipes pouvaient finir à 18h20 sans attendre une arrivée de car. Le piège, c’est que j’ai cru trop vite que cette souplesse allait tout régler.

En novembre, j’ai rempli une salle un jeudi soir avec une petite dégustation de quartier, alors qu’à Chablis le même créneau serait resté vide. Cette surprise m’a fait revoir ma manière de programmer les dates. J’ai compris que l’hiver à Auxerre peut payer mieux que la course de septembre.

Si tu es producteur, voilà dans quels cas la pleine saison à Chablis ou à Auxerre peut être plus facile ou plus lourde

Je trouve Chablis dur pour un petit producteur familial avec peu de main-d’œuvre. Quand les vendanges arrivent en même temps que les visites, chaque absence se voit, et le moindre retard se paie dans la journée suivante. Avec une équipe de 3 personnes, j’ai vu un simple passage de groupe casser l’organisation d’une matinée. Là, je n’avais plus de marge, juste des urgences qui se poussaient entre elles.

À Auxerre, j’ai trouvé plus simple de séparer la cave, la boutique et l’accueil. Je pouvais travailler la production le matin, puis garder 19h30 pour une animation, sans subir la même pression du vignoble. Pour quelqu’un qui cherche de la respiration, cette séparation m’a paru plus saine. Je ne dis pas que tout devient léger, mais je n’avais plus la sensation d’étouffer à midi.

Avec mes proches, j’ai vite regardé autre chose que le prestige des lieux. Le trajet de fin de journée, les devoirs, la fatigue et le budget m’ont poussée vers les endroits où je rentrais avant la nuit. Quand la maison pèse déjà, je n’ajoute pas une saison qui me mange les soirées.

J’ai aussi compris qu’autour de Chablis, les campagnes plus calmes changent tout. Un village périphérique, avec moins de cars et moins de dégustations simultanées, m’aurait laissé un peu de marge. Le même raisin, mais moins de bruit autour, et franchement, ça compte.

  • Chablis, oui, si j’ai 5 ou 6 personnes fiables et des horaires souples.
  • Auxerre, oui, si je veux séparer l’accueil de la production sans courir toute la journée.
  • Ni l’un ni l’autre, si je rentre déjà épuisée après 4 jours trop denses.

Mon bilan tranché après deux saisons à jongler entre vendanges et touristes, et pourquoi je ne referais pas pareil

Une journée type à Chablis m’a presque fait lâcher. À 7h40, un groupe est arrivé pendant que j’attendais un chauffeur pour la parcelle, puis une visite guidée s’est présentée juste quand la pompe a fait un bruit sec. J’ai couru entre la cave et l’accueil, et à 10h12 j’avais déjà l’impression d’avoir fait deux journées. Le pire, c’est que personne n’avait l’air de voir la tension dans mes épaules.

Ce qui m’a le plus trompée, c’est la surcharge touristique. Je prévoyais 14 visites sur la semaine, j’en ai encaissé 23, et mes créneaux se sont mis à glisser les uns sur les autres. J’ai noté les écarts dans un carnet pendant trois semaines, avec les horaires d’arrivée et les temps morts entre la cave et l’accueil. À Chablis, ce décalage fausse tout, du tri jusqu’à la mise en bouteille.

J’ai eu un vrai passage de doute un soir, seule devant les chiffres de caisse. J’ai envisagé d’arrêter la production pour garder seulement l’accueil, parce que le vin me demandait trop de synchronisation et trop de nervosité. J’ai finalement gardé la production, mais avec moins d’ambition sur les visites en pleine saison.

POUR QUI OUI : Chablis me paraît adapté à un couple sans enfant qui accepte des journées coupées et un budget sorties de 620 euros par mois. Je le vois aussi pour un petit domaine qui aligne 5 personnes pendant les vendanges, ou pour quelqu’un qui aime voir la cave tourner à plein. Auxerre me paraît plus juste pour un exploitant qui veut une boutique vivante, mais des soirées encore lisibles.

POUR QUI NON : Chablis reste compliqué pour une famille avec 2 enfants qui cherche des horaires fixes et des soirées calmes. Je le trouve aussi difficile pour un producteur seul, avec 3 bras disponibles et aucune souplesse sur les visites, parce que la saison lui mange la journée. Auxerre ne m’a pas paru idéal pour quelqu’un qui veut du pur vignoble et des caves pleines à midi.

Mon verdict : je choisis Chablis pour quelqu’un qui accepte de vivre au rythme des vendanges, de courir entre la cave et l’accueil, et de voir le téléphone sonner au milieu d’un tri. Je garde Auxerre pour quelqu’un qui cherche plus de respiration, des soirées gérables et une séparation nette entre tourisme et production. Entre l’Office de Tourisme de Chablis et les rues d’Auxerre, mon choix va à la ville où je peux finir la journée sans avoir l’impression d’avoir perdu la matinée.